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Vendredi 12 octobre 2007 5 12 /10 /2007 17:03


- 1968 -


Cette année fut celle de nombreux évènements et pas seulement en France.
Je vais commencer à vous les remettre en mémoire si vous en avez oubliés...

Janvier : Offensive nord-vietnamienne du Têt.

Avril : Assassinat de M.L. King à Memphis.

Mai : Révolte des étudiants en France, RFA, Italie, Espagne, Etats-Unis, Mexique.

***

Des images apparaissent immédiatement si l’on évoque l’année 1968 dans le monde, images violentes, qu’il s’agisse des rues de Paris aux voitures en flammes et aux arbres abattus, d’une petite fille qui fuit, nue, tout l’horreur du monde sur le visage, après un bombardement au Viêt-nam ou des gardes rouges de Pékin obligeant des vieillards à s’humilier lors de séances d’autocritique.

Mais entre ces trois images il semble difficile, a priori, de trouver des points communs, tant les problèmes, les conflits qu’elles évoquent paraissent éloignés les uns des autres.

Pourtant on peut tenter de chercher, non pas une explication unique, mais des points de convergence, et surtout essayer de replacer ces événements dans un contexte qui permette de leur donner une logique. Nous sommes alors amenés à replacer toute cette année dans le cadre des rapports Est-Ouest, ceux-ci ont alors tendance à s’apaiser, ce qui permet aux forces de contestation présentes dans chaque bloc de s’exprimer mais qui n’a pourtant pas pour effet d’éviter les conflits périphériques comme la guerre du Viêt-nam, s’ils restent strictement localisés.

Dans chaque bloc aussi, la jeunesse, nombreuse, exprime ses aspirations à de profonds changements, ce faisant elle révèle parfaitement les défauts de chacune des sociétés qu’elle conteste : capitalisme sans âme à l’Ouest, manque de liberté et dictature sur l’esprit à l’Est.

Dans la mesure où les tensions entre les deux Grands sont moindres, la solidarité à l'intérieur de chaque bloc se réduit et chacune des deux grandes puissances se voit plus ou moins contestée dans son propre camp ; on passe ainsi lentement d’un monde bipolaire à un monde multipolaire.

Dans le bloc de l’Ouest pourtant, la domination américaine se maintient, seule la France depuis quelques années récuse le " leadership " des États-Unis, quittant l’OTAN, réclamant le remboursement en or des dollars de la Banque de France, critiquant la guerre du Viêt-nam ; par ailleurs les États-Unis apparaissent toujours comme les " gendarmes du monde libre " surtout en Amérique latine où des conseillers militaires américains n’hésitent pas à intervenir contre les foyers de guérilla castristes.

En 1968 c’est surtout le monde communiste qui semble connaître des tensions importantes :

  1. le conflit sino-soviétique : public depuis 1962 il atteint son apogée en 1967 quand les deux États rompent leurs relations diplomatiques, 1968 est une année de très forte tension entre les deux rivaux, des affrontements armés ont lieu en 1969. Les rivalités sont apparemment idéologiques : la Chine accuse l’URSS de " révisionnisme ", de tiédeur, l’URSS critique violemment la Révolution Culturelle en cours à Pékin, en réalité les deux rivaux s’affrontent pour la domination du camp communiste.
  2. le printemps de Prague : après la période de libéralisation imposée par Khrouchtchev, les pays de l’Est et l’URSS connaissent, sous la direction de Brejnev, son successeur, un net retour en arrière : toute tentative des intellectuels pour réclamer un peu de liberté se solde par des années de camp ou de relégation. C’est l’apogée du règne de la " nomenklatura " communiste.


Pourtant les désirs de liberté persistent et ils se font jour en 1968 en Tchécoslovaquie. Nommé secrétaire du parti communiste tchèque en janvier 1968, Dubcek va prendre en compte l'aspiration à plus de liberté de l’ensemble de la population tchèque, lentement apparaît à Prague une expérience originale de " socialisme à visage humain ", où les acquis sociaux du communisme coexisteraient avec l’abolition de la censure, et les libertés individuelles.

Dans un immense espoir, Dubcek autorise donc une nette libéralisation du régime, celle-ci est insupportable pour Brejnev car elle risque de passer pour un modèle dans les autres pays de l’Est. Aussi, après des avertissements répétés, les troupes du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie le 21 août et mettent fin à cet immense espoir du printemps de Prague.

Peu à peu, malgré le désespoir des Tchèques, la réprobation des pays occidentaux, et les critiques de certains partis communistes occidentaux, la " normalisation " se met en place. La logique des blocs se vérifie donc, il suffit d’ailleurs de constater la passivité des États-Unis pour en avoir la preuve. Cette logique on la voit aussi à l'œuvre quand on constate que la détente n’empêche pas le maintien de conflits périphériques pourvu qu’ils soient contrôlés et n’impliquent pas un face à face des deux Grands.

Pour aujourd'hui je m'arrête là. Je reprendrais dans quelques jours...

Par Camomille - Publié dans : Histoire et géographie - Communauté : Quadragénaires...
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