-1968-
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Un mouvement né aux États-Unis…
Il est extrêmement difficile de dresser un tableau de la contestation dans ce pays dans la mesure ou elle revêt toutes les formes
possibles, et où des refus de nature fort différente convergent.
C’est la contestation d’une société raciste et inégalitaire que n’a pas pu réformer réellement Johnson, qui pousse les Noirs des ghettos
à la révolte après l’assassinat de M. L. King, leur espoir d’une action possible par la non-violence s’effondre, reste alors la tentation de la violence qui séduit un certain nombre
de jeunes noirs américains : black muslims, blackpanthers.
À cette violence on peut ajouter les revendications nouvelles des Indiens et des Latinos qui réclament eux aussi que leurs droits soient
respectés.
Parallèlement 1968 voit se populariser les thèses des féministes américaines actives dès 1963, elles réclament la reconnaissance du
droit à l’avortement et à la contraception. C’est dans ce contexte d’affirmation des particularismes que s’inscrit le mouvement de contestation de la société par les étudiants
américains ; Parti du campus de Berkeley vers 1964, inscrit dans un refus de la conscription et des violences au Viêt-nam, ce mouvement touche en 1968 la quasi-totalité des campus
américains.
Ce mouvement, difficile à analyser, prend ses racines chez les enfants du baby boom, qui accèdent tout juste à l’âge adulte, cette
génération n’a connu que la croissance, elle a, contrairement à ses parents, été extrêmement gâtée, a été élevée dans la société d'abondance, avec pour la première fois dans
l’histoire, des valeurs et une culture qui lui sont spécifiques : rock and roll, country music, entre autres…
La contestation de la société américaine, de ses valeurs traditionnelles, travail, puritanisme, s’accompagne d’une remise en cause de la
croissance : souci d’écologie, de retour à la nature. Les formes que
peut prendre ce mouvement d’opinion sont variées : du repli dans la drogue, à la recherche de valeurs dans d’autres civilisations
(mouvement hippie), de l’adoption de la non-violence à la recherche de solutions militantes, de la désertion face à la guerre à la provocation sexuelle. Face à cette affirmation de
valeurs différentes, l’élection de Nixon marque un retour à " la loi et l’ordre " souhaité par la part la plus traditionaliste de l’opinion américaine.
…qui s’étend au monde entier, mais surtout à la France.
La contestation vient des États-Unis, comme la musique et la mode vestimentaire, pourtant c’est contre l’impérialisme américain qu’une
partie de la jeunesse européenne, mais aussi mexicaine ou japonaise, s’insurge : critiquant l’action des États-Unis au Viêt-nam, contestant aussi le modèle soviétique, elle cherche
l’inspiration dans la révolution culturelle chinoise ou les maquis castristes et une petite minorité rejoint parfois des groupuscules très politisés, pourtant l’essentiel de la
jeunesse européenne, certes sensible à tous les problèmes du tiers-monde, est surtout préoccupée par des problèmes concrets :
difficulté pour des classes d’âge nombreuses de trouver des places à l’université, problèmes d’insertion dans une société qui refuse
tout changement.
Ce malaise de la jeunesse coïncide, sauf dans le cas des étudiants mexicains, avec une remise en question de la croissance : en 1968 le
club de Rome dénonce une croissance sans limites qui risque de détruire les richesses de la planète, on remarque dans certaines usines une remise en cause du fordisme, des grèves
spontanées, qui marquent surtout un refus d’une société dont la seule valeur serait le profit.
Si partout en Europe on trouve en 1968 des manifestations importantes d’étudiants, c’est en France qu’elles prennent un relief tout
particulier.
Débutant par de simples manifestations étudiantes, vivement réprimées par la police, la solidarité envers les jeunes aboutit à ce que,
très vite, les syndicats apportent leur appui à ce mouvement puis, en partie pour suivre leur base, décident de la grève générale. À partir du 13 mai la France est totalement
paralysée par la grève, et l’impression se répand que le président de la République, vieilli, est incapable de trouver une solution qui remette le pays au travail.
C’est l’action du premier ministre G. Pompidou, qui temporise avec les étudiants, signe avec les syndicats les accords de Grenelle et
suggère au président de dissoudre l’Assemblée, qui vient à bout de la crise de mai 68. Elle s’achève par l’élection d’une chambre des députés majoritairement gaulliste.
La révolte étudiante de 68 peut donc passer aussi pour un retour à l’ordre après une période révolution-naire, en réalité, les idées
énoncées en 1968 se diffusent lentement dans la société française pour être, six ans plus tard, légalisées en partie par V. Giscard d’Estaing. Les retombées sociales en sont
finalement considérables.
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La jeunesse écrasée et utilisée à l’Est.
Les jeunes des pays de l’Est, en Pologne, en Tchécoslovaquie ont aussi manifesté leur désir de changement, ils
souhaitaient eux, plus de libertés, et un accès à cette société de consommation que récusaient leurs homologues de l’Ouest. Cette aspiration est violemment rejetée par les dirigeants
communistes et la jeunesse se replie dans le désespoir, on peut citer le nom de Jan Palach, jeune Tchèque dont le suicide en janvier 1969 montrait aux Soviétiques le refus de la
normalisation imposée.
En Chine la jeunesse est utilisée par Mao Ze Dong pour reprendre un pouvoir qu’il sent lui échapper : des dizaines de
jeunes " gardes rouges " sont lancés sur les routes afin de critiquer et dénoncer partout le " révisionnisme ", ils s’attaquent aux cadres du régime, prônant la révolution
permanente.
Une fois le pouvoir récupéré, Mao lance l’armée contre la
jeunesse ; la " révolution culturelle ", sous des dehors idéologiques, vise tout simplement une opération
de domination du pays, les étudiants ont été manipulés, là encore l’ordre est rétabli et la terreur s’abat sur la Chine.
Conclusion
Si l’on considère cette année 1968 quand elle
s’achève, elle apparaît comme une année de violences, de manifestations, de guerres, et elle semble se conclure un peu partout par une victoire des forces de l’ordre et de la tradition :
que ce soit aux États-Unis, avec le retour des républicains, en France avec celui d’une écrasante majorité gaulliste au Parlement, en Tchécoslovaquie avec le succès de la normalisation,
en Chine avec la reprise en main des jeunes par Mao ou au Mexique avec le massacre des étudiants par les forces de l’ordre. Pourtant plus de vingt ans après, avec le recul du temps, on se
rend compte qu’une partie des mouvements qui se sont révélés en 1968 a eu des conséquences lointaines fort différentes.
Tout d’abord on peut constater que le traumatisme vietnamien n’a pas fini de hanter les consciences américaines, l’élection du président
Clinton n’a-t-elle pas ramené aux premiers rangs de l’actualité les problèmes de la conscription et des façons d’y échapper, le cinéma américain ne cherche-t-il pas depuis vingt ans à
rendre compte de cette guerre pour en faire le deuil ?
Par ailleurs, la société américaine comme la société française ont profondément évolué dans le sens réclamé par les étudiants : la prise en
compte des revendications féministes ou d’un changement des moeurs a eu lieu ; à l’Est, les intellectuels ont pris le relais d’une contestation étouffée pour finalement imposer de
profondes mutations qui ont conduit à la chute du pouvoir communiste, en Chine enfin, on constate que c’est bien la ligne réformiste qui l’a emporté après la mort de Mao.
On peut donc conclure que, si cette année ne paraît pas, dans l’immédiat, avoir eu des conséquences importantes, elle a, dans un plus long
terme, manifesté une influence importante sur des sociétés pourtant fort différentes.
Rue des Écoles. Appréciez les visages détendus de ces Gendarmes
mobiles.
13 mai 68, Place de la République.
Place de la République. Vue d'ensemble de la statue
Les affiches fleurissent sur les murs
Dans un peu plus de 6 mois, quarante ans auront passé mais pour celles et ceux qui avaient une vingtaine d'années à cette période,
l'oubli ne se fera jamais.
The end
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