TIBET
On dénomme Tibet l'aire asiatique habitée par le peuple des Tibétains. Cette zone linguistique
tibétaine et aussi « le grand Tibet historique » revendiqué par le gouvernement tibétain en exil est composé de trois régions : le Ü-Tsang (aujourd'hui intégré à la Région autonome du
Tibet), l'Amdo (aujourd'hui majoritairement intégré à la province chinoise du Qinghai) et le Kham (celui de l'ouest intégré à la Région autonome du Tibet, celui de l'est intégré à la
province chinoise du Sichuan). Le nombre de Tibétains dans l'ensemble de ces régions est de 5 020 000, selon le bureau des statistiques de Chine. Le gouvernement tibétain en exil à
Dharamsala (Inde) donne une estimation proche de ce chiffre de 6 millions de Tibétains vivant actuellement au Tibet. Il faut ajouter qu'environ 150 000 Tibétains ont fui le Tibet et
vivent actuellement en exil, principalement en Inde.
La superficie du Tibet varie de 1 221 600 km2 pour la région administrative, ses bords coïncident à peu près avec la région qui était indépendante de facto entre les deux guerres
mondiales[2], et qui fut historiquement administrée par les Dalaï-lamas sous la dynastie Qing ; à 2 500 000 km2 pour le Grand Tibet revendiqué par le gouvernement tibétain en exil. La
population de la Région autonome comptait 2 616 000 habitants en 2000. La capitale historique qui, traditionnellement, concentre l'autorité religieuse et temporelle du Tibet, est
Lhassa.
Le Tibet historique était composé de trois régions :
* le dBus-gTsang ou Ü-Tsang (prononcé [ytsaŋ] en tibétain central), en chinois « Wei-Zang 卫藏 », correspond à la Région autonome du Tibet actuelle,
* l'A-mdo, en chinois Anduo 安多 au nord, faisant partie aujourd'hui des provinces chinoises du Qinghai, du Gansu, et du nord du Sichuan (district de rNga-ba 阿坝),
* le Khams, en chinois Kang 康, à l'est et au sud-est, qui fait aujourd'hui partie de la partie est de la région autonome et de deux provinces chinoises : le Yunnan et
le Sichuan (district de dKar-mdzes 甘孜).
Les Tibétains parlent le tibétain, une langue de la famille tibéto-birmane, et sont majoritairement bouddhistes, plus précisément le bouddhisme vajrayâna.
Jeunes moines bouddhistes du monastère de Drépung.
L'économie du Tibet est peu développée. Les principales activités
sont l'élevage du mouton, de la chèvre et du yack, la culture des céréales (dans les vallées du Sud et du Sud-Est) et l'exploitation du bois (dans le Sud). Le tourisme est aujourd'hui
possible, bien qu'encore encadré, et représente une part importante de l'économie.
Avant 1950
Après l'invasion et le contrôle par le pouvoir mongol de la Chine au XIIe siècle et la fondation de la dynastie Yuan par Kubilai Khan, les relations
politiques entre les chefs des écoles du Bouddhisme tibétain et l'Empereur de Chine, Mongol à l'époque, débutèrent. Kubilai Khan interagit avec les Sakya qui conserveront leur rôle
politique.
Drapeau tibetain
De 1643 à 1949, le Tibet était gouverné par le Dalaï Lama et le gouvernement tibétain, parfois
en tant que chef d'État, parfois en tant que vassal de l'Empereur de Chine et soit comme 1er grand Lama ou partageant le pouvoir avec le Panchen Lama.
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle, une situation de concurrence se développe entre la Russie et la Grande-Bretagne, la Grande-Bretagne cherchant à contrôler
le Tibet depuis l'Inde, et la Russie cherchant à l'en empêcher pour maintenir son influence en Asie centrale. Par leur expédition militaire conduite par le colonel Francis Younghusband,
qui écrase dans le sang en 1904 la défense tibétaine, les Britanniques finissent par s'imposer au Tibet, et s'y attribuent des privilèges commerciaux et diplomatiques.
En 1908, la Chine, profitant du départ des troupes britanniques, reprend provisoirement le contrôle du Tibet, jusqu'à la révolution de 1911 qui marque l'effondrement de l'Empire Qing et
l'installation de la République de Chine.
Les troupes et les autorités officielles chinoises sont expulsées du Tibet en 1912, puis en 1913, le 13e Dalaï Lama, proclame l'indépendance du Tibet. La communauté internationale y donna
peu de suites, en dehors d'un accord de reconnaissance mutuelle d'indépendance entre la Mongolie et le Tibet. En 1914, à l'issue de la Conférence de Simla où l'Angleterre, le Tibet et la
Chine sont représentés, la Convention de Simla propose que le Tibet soit divisé en « Tibet Extérieur » administré par le gouvernement du Dalaï Lama et « Tibet Intérieur » uniquement sous
son autorité spirituelle, les deux secteurs étant considérés comme étant sous la "suzeraineté" chinoise[6]. Bien que représentée, la Chine ne signa pas cette convention, ce qui
introduisit une durable incertitude sur sa reconnaissance de cette proposition et donc sur ses possibles revendications sur le Tibet.
Jeune fille tibétaine dans une vallée de la région du Kham
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Après 1950 En 1950, l'Armée populaire de libération entre au Tibet et rencontre peu de résistance de la part
d'une armée tibétaine faible et mal équipée. En 1956 a débuté à Litang dans le Kham une révolte des Tibétains contre l'occupant chinois, qui s'est étendue aux autres secteurs du Kham,
puis en 1957 et 1958 dans les secteurs de l'Amdo, puis en 1958 et 1959, dans le Ü-Tsang, la Région autonome du Tibet, avant de s'étendre à l'ensemble du territoire. En 1959,
l'insurrection éclate à Lhassa, le Dalaï Lama fuit le Tibet pour se réfugier en Inde. Il sera suivi d'environ 100 000 Tibétains. Cette révolte fut sévèrement réprimée par les autorités
chinoises. Le nombre de victimes tibétaines, important sujet de désaccord entre la Chine et le gouvernement tibétain en exil, est généralement estimé à plusieurs dizaines de milliers de
personnes. À partir de 1959, juste après avoir réprimé ce qu'il qualifie de révolte de l'ancienne classe privilégiée de l'ancien Tibet, le gouvernement communiste met en place au Tibet
une série de réformes, notamment l'abolition du servage[7]. Selon Amnesty International, depuis 1987, plus de 214 tentatives de manifestations pour l'indépendance ont été réprimées et les
manifestants arrêtés expédiés dans des camps de travail. Tous ont été condamnés à des peines allant de 3 à 20 ans de prison. Alors que Hu Jintao était le responsable politique au Tibet en
1989, une manifestation de Tibétains finit dans un bain de sang, au moins 450 personnes furent tuées[8]. Selon Tang Daxian, un journaliste chinois dissident, la police de Lhassa avait
reçu l'ordre de Pékin de provoquer un incident.[9] Les autorités chinoises ont installé des caméras de surveillance à Lhassa pour contrôler les manifestations éventuelles. De nombreuses
associations internationales dénoncent une répression de la religion au Tibet, comme l'illustrent par exemple la mise en résidence surveillée de Gedhun Choekyi Nyima, en 1995, juste après
sa reconnaissance comme 11e Panchen Lama par le 14e Dalaï Lama, ou la destruction en 2001 de l'institut bouddhiste de Serthar fondé par Khenpo Jigme Phuntsok, également mis en résidence
surveillée et disparu dans des circonstances douteuses, ou encore la condamnation à une peine de prison à vie de Tenzin Delek Rinpoché en 2005. La plupart des grands maîtres du bouddhisme
tibétain ont été contraints à l'exil, comme l'ont illustré la fuite de Rigdzin Namkha Gyatso Rinpoché en 1998, et celle à la veille de l'an 2000 du 17e Karmapa, Orgyen Trinley Dorje[10].
En mars 2008, des manifestations de Tibétains contre le pouvoir chinois dégénèrent à Lhassa, rappelant les graves émeutes et manifestations de 1989. Elles surviennent quelques mois avant
les Jeux Olympiques d'été de 2008. D'autres manifestations ont également lieu en dehors de la capitale, en particulier autour du monastère de Labrang dans le Gansu, une partie de
l'ancienne province tibétaine de l'Amdo. Rapports entre la République populaire de Chine et les Tibétains La question des rapports entre la République populaire de Chine et le Tibet donne
lieu à deux interprétations opposées : * La République populaire de Chine considère le Tibet comme un territoire relevant de sa souveraineté et avance des arguments historiques (une
ancienne présence chinoise, le protectorat de 1720-1910), politiques et économiques (l'abolition du régime de théocratie féodale et la modernisation du pays) et stratégiques (la
protection de la Chine). Cette vision est intégrée dans la politique d'une seule Chine et est celle admise par la plupart des pays de la communauté internationale. * Le gouvernement
tibétain en exil considère la présence chinoise comme une occupation étrangère et accuse la Chine d'avoir massacré une partie de la population tibétaine, de pratiquer la répression et la
destruction de la culture tibétaine, de siniser culturellement et démographiquement le Tibet. Statut du Tibet selon la Chine Argument historique Les relations entre la Chine et le Tibet
sont anciennes et remontent au XIIe siècle, ainsi la majorité des bâtiments impériaux chinois comportent depuis plusieurs centaines d'années les cinq principales écritures que sont les
sinogrammes, le mandchou, le mongol, l'ouïghour et le tibétain, une habitude qui semble dater de la dynastie mandchoue des Qing. Les cinq langues de la dynastie Mandchoue des Qing (palais
d'été à Chengde) : de gauche à droite, caractères mandchous, ouïghours, chinois, tibétains mongols Les cinq langues de la dynastie Mandchoue des Qing (palais d'été à Chengde) : de gauche
à droite, caractères mandchous, ouïghours, chinois, tibétains mongols Le Tibet était un protectorat chinois entre 1720 à 1911[11]. La question reste cependant posée de la nature exacte de
ce protectorat : simple lien d'association pour les partisans de l'autonomie du Tibet ou véritable intégration dans l'empire des mandchous (dynastie Qing) pour les partisans de
l'incorporation à la Chine. La Grande-Bretagne a reconnu en 1906 la suzeraineté chinoise sur le Tibet. La chute de la dynastie Qing en 1910 va cependant bouleverser la donne. Le lien
personnel qui unissait l'empereur mandchou au dalaï-Lama étant de facto supprimé, les liens entre les deux pays seraient, selon certains, rompus. Cependant, en 1912, la Grande-Bretagne
reconnaît de nouveau la suzeraineté chinoise sur le Tibet, mais non l'appartenance du Tibet à la Chine. En 1913, la Chine ne manifeste aucune considération pour la proclamation de
l'indépendance du Tibet par le 13e Dalai Lama et ne réagit pas. Elle récuse la Convention de Simla de 1914 qui divise le Tibet en un Tibet externe autonome administré par le gouvernement
du Tibet et un Tibet interne où seule l'autorité spirituelle du Dalaï Lama ne serait reconnue, les deux étant sous suzeraineté chinoise. Argument politique La Chine affirme être entrée au
Tibet en 1949 afin de libérer un peuple vivant sous la domination d'une oligarchie et d'une théocratie féodale. Par exemple, avant la prise de pouvoir des communistes, le servage était
légal et pratiqué au Tibet[réf. nécessaire]. Les autorités chinoises affirment que la liberté religieuse est de nouveau assurée[réf. nécessaire]. Argument économique Les autorités
chinoises affirment que le développement économique du Tibet mené sous leur égide a permis de désenclaver le pays, notamment grâce à la construction de voies ferrées, qui vont servir à
sortir les ressources minières du Tibet. Argument géopolitique La Chine considère le Tibet comme une région stratégique pour sa sécurité.[12],[13]. Statut du Tibet selon le gouvernement
tibétain en exil La question de la légitimité de la présence chinoise L'assemblée générale de l'ONU a voté plusieurs résolutions[14] [15] condamnant les violations des droits fondamentaux
et des libertés du peuple tibétain, les coups portés à sa culture et sa religion, ceci en 1959 (résolution numéro 1353 (XIV)[5]) et en 1960 (résolution numéro 1723 (XVI)[6]) . Dans cette
dernière, il est fait état d'un droit à l' autodétermination du peuple tibétain. Enfin, la dernière résolution en date, celle de 1965 (résolution numéro 2079 (XX)[7]) fait référence aux
précédentes dont elle reprend les thèmes mais sans mention expresse à l'autodétermination. En aucun cas la Chine n'est désignée expressément comme responsable des atteintes portées au
peuple tibétain. La question du nombre de morts Selon le gouvernement tibétain en exil, plus d'un million deux cent mille Tibétains seraient morts directement ou indirectement en
conséquence de l'occupation du Tibet par République populaire de Chine entre 1949 et 1979 . Cependant, cette évaluation est récusée par un chercheur chinois qui affirme que les chiffres
sont exagérés et qui démontre également que les évaluations données par le gouvernement tibétain en exil reposent en partie sur des sources fabriquées [22]. En 2003, Patrick French,
écrivain anglais et ancien président de l'association Free Tibet Campaign, ayant pu accéder aux archives du gouvernement tibétain en exil, remet en cause le nombre de 1,2 millions morts
tibétains. Dans son livre contesté,[23] French déclare qu'il existerait des erreurs dans l'utilisation statistique des sources et témoignages. French estime toutefois qu'un demi million
de Tibétains serait mort directement en raison de la politique chinoise au Tibet[24]. Ce chiffre est estimé en relation avec un calcul de Warren W. Smith basé sur les recensements du
Tibet montrant 200 000 Tibétains "manquants" au Tibet.[25] La question de la répression et des droits de l'homme [modifier] Les opposants à la présence chinoise estiment que, sous
prétexte de lutte contre l'indépendantisme, les Tibétains sont fermement contrôlés par le pouvoir central[réf. nécessaire], que la Région autonome du Tibet serait sous la surveillance du
pouvoir central et que la présence de l'armée et de la police s'y ferait sentir plus que dans d'autres parties de la Chine.[réf. nécessaire]. Ils soulignent par exemple le fait que les
Monastères soient sévèrement contrôlés. La question de la destruction de la culture tibétaine Les Tibétains en exil, notamment en Inde et au Népal, dénoncent un risque de disparition de
leur culture, qui était intimement associée au boudhisme. Celle-ci peut se faire par la répression. Ainsi, durant la Révolution culturelle chinoise, au Tibet, l'Institut Chakpori de
médecine tibétaine fut totalement détruit par l'armée chinoise. En 1961, le 14e Dalaï Lama refonda à Dharamsala l'Institut de médecine et d'astrologie tibétaine. L'Institut Chakpori de
médecine tibétaine fut refondé à Darjeeling également en Inde. Elle serait également due à une désacralisation de certains aspects de cette culture qui leur ferait perdre leur
signification originelle. Les tibétains anti-chinois estiment ainsi que les Monastères au Tibet servent souvent davantage un intérêt touristique que spirituel[réf. nécessaire]. À Pékin,
un temple lamaïque tibétain, le temple de Yonghe, lamasserie en activité aujourd'hui, est une des principales attractions touristiques. Moine dans le temple de Yonghe Gong à Pékin. Moine
dans le temple de Yonghe Gong à Pékin. Cetains soulignent cependant que c'est dans toute la Chine que les religieux ont subi des interdictions et répressions depuis la prise de pouvoir du
parti communiste, surtout pendant la Révolution culturelle, et pas seulement au Tibet.
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