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LA BALEINE A
BOSSE
La grande nageoire caudale, noire et blanche,
sort largement hors de l’eau quand la baleine plonge. Le bord postérieur de cette nageoire est ondulé. Les dessins de cette nageoire sont propres à chaque baleine et
peuvent servir à son identification individuelle
Chaque nageoire pectorale (également noire et blanche, et d'un dessin propre à chaque individu) peut atteindre
jusqu'au tiers de la longueur du corps. C'est beaucoup plus que chez n'importe quel autre cétacé. Pour expliquer cette nette
différence de longueur, plusieurs hypothèses ont été suggérées. Il pourrait s'agir d'un avantage évolutif significatif assurant une meilleure manœuvrabilité. Cela pourrait aussi permettre, grâce à une plus grande surface de
contact, de mieux réguler la température interne lors des
migrations
entre les zones de climat chaud et celles de climat
froid.
Quand la baleine à bosse fait surface et expulse par son évent l'air provenant des poumons, le souffle provoque un nuage pouvant
atteindre 3 mètres, en forme de chou-fleur.
L’aileron dorsal, trapu, apparaît hors de l'eau peu après l'émission de ce souffle. Il continue à être visible
quand l'animal fait le dos rond pour amorcer une plongée, mais disparaît avant que la
nageoire caudale émerge.
Comme les autres balénoptéridés, la baleine à bosse possède des sillons ventraux et des fanons. Les sillons sont en fait des replis qui courent
parallèlement entre eux de la mâchoire inférieure jusqu’au nombril (à peu près jusqu'à la moitié
du ventre de l’animal). Ils permettent un très large déploiement de la gueule (un peu à la façon dont s'ouvre un accordéon). D'un nombre généralement compris entre 16 à 20, ils sont moins nombreux et aussi moins prononcés que chez les
rorquals. Les fanons sont des productions cornées de la lèvre qui filtrent et retiennent les proies alimentaires. La baleine à bosse
possède 270 à 400 fanons de couleur sombre disposés de chaque côté de la bouche. Les femelles sont plus grosses que les mâles. Les femelles portent un lobe (qui fait défaut chez les mâles) d’environ 15 centimètres de diamètre dans leur région génitale. Cela permet de distinguer les mâles des femelles si l’on peut voir le dessous de la baleine, car le pénis du mâle reste en revanche presque toujours caché dans la fente génitale. Les baleines mettent généralement bas tous les deux ou trois ans. La gestation dure onze mois environs. Il arrive parfois que certaines femelles se reproduisent deux années de suite.
Les jeunes atteignent la maturité sexuelle vers l’âge de cinq ans La taille adulte définitive est atteinte peu après. Celle-ci est communément de 15 à 16 mètres pour les mâles et de 16 à 17 mètres pour les femelles, pour un poids de 40 tonnes. Le plus grand spécimen découvert mesurait 19 mètres et ses nageoires pectorales 6 mètres Les baleines à bosse peuvent vivre de 40 à 50 ans.
Comportement social*
L’organisation sociale des baleines à bosse est assez lâche. Habituellement, les individus vivent seuls ou
fréquentent des groupes transitoires qui se font pour quelques heures et se défont. Les groupes peuvent se maintenir plus longtemps en été pour coopérer dans la recherche et la capture de
nourriture. Des relations durables de plusieurs mois ou même plusieurs années, de couples ou de petits groupes, ont été décrites, mais elles sont rares. La répartition mondiale des
baleines à bosse recouvre celles de nombreuses autres espèces de baleines et de dauphins : on peut donc observer
des baleines à bosse à proximité d’autres espèces (par exemple des baleines de Minke) mais il y a très
peu d’interactions sociales.
Les parades sexuelles se déroulent pendant l’hiver. La compétition pour une partenaire est souvent intense. Des groupes de mâles de deux à vingt
individus se rassemblent autour d’une seule femelle et se livrent à des exhibitions variées pour établir la domination. La joute dure plusieurs heures et la taille du groupe fluctue avec
les départs de mâles dépités ou les arrivées de nouveaux prétendants. Les figures réalisées comprennent sauts, dressements verticaux, frappements de l’eau avec les nageoires (pectorales
ou caudale), charges et esquives. On présume que les chants jouent également un rôle important dans cette compétition, mais les scientifiques ne savent pas s’ils servent aux mâles pour
s’identifier et se comparer entre eux, s’ils sont un appel à l’accouplement entre le mâle et la femelle, ou les deux. Toutes ces manifestations vocales et physiques ont aussi été
observées en l’absence de partenaires potentielles et constituent aussi probablement des outils généraux de communication. Alimentation
L’espèce se nourrit exclusivement pendant l’été et vit sur ses réserves de graisse pendant l’hiver. C’est un
prédateur actif qui chasse le krill
et les bancs de petits poissons tels les harengs, les capelans ou les lançons usant de l’attaque directe ou étourdissant ses proies en frappant l’eau avec ses
nageoires.
La technique de pêche la plus originale des baleines à bosses est celle du filet à bulles. Plusieurs baleines
forment un groupe, nagent rapidement autour et au-dessous d’un banc de poissons et larguent de l’air par leurs évents. Les bulles forment une barrière visuelle qui confine le banc dans un
espace de plus en plus restreint. Soudain, les baleines se précipitent vers le haut à travers le rideau de bulles, gueule grande ouverte, avalant des milliers de poissons d’une seule
goulée. Le diamètre du filet à bulles peut atteindre 30 m et nécessiter la coopération d’au moins douze animaux. C’est sans doute le fait le plus spectaculaire de coopération de
mammifères marins.
Les orques s’attaquent aux baleines à
bosse, celles-ci s’en sortent le plus souvent par quelques cicatrices mais il est probable que des baleineaux sont parfois tués.
Chant des baleines
Populations
On rencontre la baleine à bosse dans tous les océans, dans une large
bande allant des latitudes 60°S à 65°N. C’est une espèce migratrice, passant les étés dans les eaux froides des hautes latitudes, s’accouplant et se reproduisant dans les eaux tropicales ou sub-tropicales. Avec des distances couramment parcourues deplus de 25 000 km par an, l’espèce détient des records parmi lesmammifères. Faisant exception à la règle, les populations du Golfe Persique ne migrent pas et restent dans des eaux chaudes toute l’année. Il n’y a pas de baleines à bosse dans l’Océan Arctique, ni dans la partie orientale de la Mer Méditerranée. Alors qu'elles étaient réputées absentes de la Mer Baltique, des baleines à bosse ont été observées en juillet 2006 au large de la Finlande. Les effectifs de baleines à bosse semblent se reconstituer plus facilement que ceux des autres grandes baleines. La population est passée d’un minimum de 20 000 individus au moratoire de 1986 à environ 35 000 aujourd’hui. Par comparaison les populations de baleine bleue sont restées autour de 3 000 individus pendant la même période. On estime à 11 600 les baleines à bosse dans l’Atlantique Nord, 7 000 dans le Pacifique Nord et au moins 17 000 dans l’hémisphère sud. La baleine à bosse est le seul représentant du genre Megaptera, constituant sa propre sous-famille des Megapterinae dans la famille des Balaenopteridae (ou Balaenoptiidae) qui comprend 8 autres espèces de baleines.
Les études moléculaires les plus récentes indiquent que les premières baleines s’alimentant par filtration (dont
sont issues les baleines à bosse) sont apparues à la fin de l’éocène il y a 35 à 36 Ma. Les espèces ont ensuite peu évolué pendant une longue période. Une nouvelle phase de spéciation est alors survenue au milieu du miocène,il y a 12 à 15 Ma. On ne sait
pas si les premières baleines à bosse datent de cette époque.
Les résultats d’analyse moléculaire montrent cependant que les lignées de la baleine bleue et du rorqual commun se sont séparées il y a
plus de 5 millions d’années et que la baleine à bosse s’était déjà différenciée. On peut en conclure que la baleine à bosse est une espèce vieille de 5 à 12 Ma. L’étude des
fossiles ne permet pas de préciser ce chiffre car les fossiles de cétacés au-delà de 2,5 Ma sont très fragmentaires.
La bosse (au singulier) de la baleine à bosse fait référence à son dos car l'animal avant de
sonder (c’est-à-dire avant d'entreprendre une plongée) fait le dos rond (la "bosse") nettement au-dessus de la surface de l'eau. Éventuellement, la bosse peut désigner
l'aileron dorsal lui-même (anatomiquement une bosse) qui couronne la courbure du dos lors de ce mouvement. Le nom anglais Humpback Whale rend compte de ce même sens.
Le fait que la baleine porte des tubercules sur la tête et la mâchoire, entraîne parfois un faux-sens et une
orthographe incorrecte avec l'emploi du pluriel : baleine à bosses. L'autre nom vernaculaire issu de l'ancien français Gibbar, aujourd'hui peu employé et devenu jubarte, est apparenté au portugais jubarte ou à l'espagnol yubarta. Ce terme pourrait dérivé du latin gibbus qui signifie « bosse ». On l'appelle aussi parfois rorqual à bosse.
Taxonomie
Cette baleine a pour la première fois été identifiée sous le nom de « baleine de la Nouvelle
Angleterre » par Mathurin Jacques Brisson dans
Regnum Animale paru en 1756. En 1781, le naturaliste allemand
Borowski l'a décrite pour la première
fois à partir d'observations faites en Nouvelle-Angleterre et lui donne pour
nom scientifique la traduction latine du nom donné par Brisson : Balaena novaeangliae. Dès le début du XIXe siècle, Bernard Germain de Lacépède
replace cette espèce dans le genre des Balaenoptera sous le nom de jubartes. En 1846,
John Edward Gray
crée un nouveau genre monotypique de Megaptera à partir du grec mega-/μεγα- grande, et
ptera/πτερα aile pour faire référence à ces grande nageoires pectorales. L'espèce est alors dénommée Megaptera longpinna. Remington Kellogg
renomme l'espèce en Megaptera novaeangliae.
Relations avec les hommes
Les baleines à bosse apparaissent dans les récits des marins de tous les temps. Le spectacle de ces gigantesques
créatures bondissant hors de l’eau était sans doute fascinant, peut-être même effrayant. La baleine à bosse est probablement pour partie à l’origine des mythes marins de monstres et
de sirènes qui charment par leurs
chants les navigateurs et les entraînent dans les eaux jusqu’à la mort. Aujourd’hui même, les plongeurs qui nagent près de baleines à bosse en train de chanter se disent désorientés car
la gravité et la force des notes sont suffisantes pour faire résonner vigoureusement leur cage thoracique.
Le premier témoignage écrit de mise à mort d’une baleine à
bosse date Au XIXe siècle, beaucoup de pays (en particulier les États-Unis) les chassaient en masse dans l’Océan Atlantique et dans une moindre mesure dans les océans Indien et Pacifique. L’introduction du harpon explosif à la fin du XIXe siècle a encore accéléré les prises. Avec l’ouverture des mers antarctiques en 1904, le déclin est devenu dramatique pour toutes les populations de baleines à bosse du monde.
Au cours du XXe siècle, au moins 200 000 baleines ont été capturées. La
population globale a diminué de plus de 90%. Pour empêcher l’extinction de l’espèce, un moratoire général sur la chasse des
baleines à bosse a été institué en 1966. Il est toujours en vigueur
aujourd’hui. Dans son livre sur les baleines à bosse Humpback Whales (1996), Phil Clapham, un scientifique du Smithsonian Institute, déclare que « cette destruction sans mesure d’une des plus magnifiques créatures de la Terre est l’un des plus grands
de nos nombreux crimes contre l’environnement ». Lorsqu’en 1966, les membres de la Commission Baleinière Internationale ont décidé d’un moratoire pour les baleines à bosse, celles-ci étaient devenues tellement rares que leur chasse n’était plus rentable. On dénombrait alors historiquement 250 000 prises enregistrées, mais le vrai chiffre d’animaux tués est très certainement beaucoup plus important. L’Union soviétique était bien connue pour délibérément mentir sur ses chiffres, elle avait déclaré 2 710 prises alors qu'on pense maintenant qu’il y en a eu 48 000. En 2004, une chasse limitée à quelques animaux est permise au large des îles de Saint-Vincent et Grenadines dans les Caraïbes. On pense que le quota autorisé ne met pas en danger la population locale. Le Japon a contourné l'interdiction de la chasse à la baleine à bosse, en pratiquant des pêches à but "scientifique", durant de longues années. En décembre 2007, toutefois, le Japon a annoncé que les bateaux pêcheurs japonais allaient cesser la pêche de la baleine à bosse. De nombreux autres autres cétacés sont à l'heure actuelle toujours pêchés par le Japon. Les pressions exercées par la communauté internationale, notamment l'Australie, auront finalement gagné un peu de terrain dans la défense des cétacés en danger.
Tourisme baleinier
Les baleines à bosse sont généralement curieuses des objets de leur environnement. Elles s’approchent souvent
volontiers des bateaux et tournent autour. Alors que cette attitude s’apparente au suicide quand le navire est un baleinier, elle a fait des baleines à bosse un support du
tourisme d’observation des baleines (whale watching) dans beaucoup d’endroits autour du monde depuis les années
1990.
Les sites d’observation comprennent par exemple la côte pacifique américaine au large de l’état de
Washington, de Vancouver et de l’Alaska, le Golfe de Gascogne
en France, la Baie de Byron au large
de Sydney, la Nouvelle-Angleterre, la presqu’île de
Snaefelsnes à l’ouest de l’Islande,le Golfe du St-Laurent
au Québec etc. La baleine à bosse est
très populaire car elle saute régulièrement, et manifeste une variété d’autres comportements sociaux qui peuvent captiver le public.
Comme les autres cétacés, les mères sont le plus souvent extrêmement protectrices envers leur petit et cherchent
donc à se placer entre toute embarcation et le baleineau avant de s’éloigner vivement. Les opérateurs touristiques sont donc invités à suivre un code de bonne conduite, pour éviter
de stresser les mères inutilement.
Une baleine à bosse albinos, présumée née en 1990, qui
voyage régulièrement le long de la côte est de l’Australie est devenue célèbre dans les
média locaux à cause de sa couleur très rare. On l’a appelée Migaloo (en langue aborigène le « garçon blanc ») mais on a longtemps spéculé sur son sexe, jusqu’en juin 2004 quand il a trouvé une compagne et prouvé qu’il était bien un mâle. À cause du grand intérêt porté à cet
individu, les environnementalistes ont craint qu’il ne devienne perturbé par le grand nombre de bateaux qui le suivaient chaque jour. Le gouvernement du Queensland a alors ordonné une zone d’exclusion de 500 mètres autour de l’animal.
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